Cet article a été à l’origine publié dans The Journalist.
Parfois je me demande si la femme dont je tiens mon nom, la femme du Prophète, aurait honte que je le porte. Ces pensées arrivent principalement dans le milieu de la nuit. Ce temps de la nuit quand vous vous détendez après une longue journée à naviguer de par le monde, tout en ayant la crainte que quelque chose se révèle. Ce temps de la nuit quand l’obscurité est plus éclairante que le soleil de la journée. Quand l’obscurité révèle tout ce qui a été caché pendant la journée. Je me demande si elle savait qu’il y aurait des femmes, longtemps après qu’elle soient partie à qui serait donné son nom et qui en serait indignes.
J’ai été pubère très tôt et mes seins ont commencé à pousser de plus en plus quand j’avais 10 ans, bien avant les autres filles de mon âge. Je travaillais dur pour les cacher en portant un jupon supplémentaire dans l’espoir qu’il les aplatirait. Je n’ai enlevé mon pull à l’école primaire, qu’après que quelqu’un ait fait un commentaire sur la façon dont ils ressortaient sous mon uniforme scolaire. J’ai commencé à porter de grands T-shirts et évitais certains jeux. Ce ne fut qu’à l’école secondaire que c’est devenu un peu plus confortable. Mais là, j’étais grosse de sorte que je me livrais à une autre bataille.
Je ne me souviens pas quand je me rendis compte que mon corps était la mesure de ma valeur.
Un jour, je jouais à la maison avec l’ami de mon cousin. À un certain moment, il m’a dit d’enlever mes vêtements afin que nous puissions faire ce que font les parents. Il m’a alors dit de se coucher au dessus de lui et nous sommes restés comme ça pendant quelques minutes. Puis il a dit que c’était bon et je suis descendue. Il m’a alors dit le peu de valeur que j’avais pour lui permettre de faire ça avec moi. Avoir des relations sexuelles avec lui, en réalité. Si cela avait été Munira de la rue, elle n’aurait pas accepté de le faire. Munira était une jeune fille pure. Après cela, il a dit à tous les autres garçons que s’ils voulaient du “sexe” ils n’avaient qu’à essayer avec moi. J’étais facile. Nous avions 9 ans je pense.
Le sexe a été une surprise
Notre gardien aimait toucher mes seins. J’avais 11 ans et il me touchait à chaque occasion qu’il avait. Alors il me souriait et me disait comme j’étais belle et combien mes seins étaient jolis. Il ne m’a jamais qualifiée de peu chère ou facile.
La première fois que j’ai fais l’amour, pour de vrai, ce fut une surprise. Je ne voulais pas le faire parce que je ne devais pas. J’avais 23 ans et je n’étais pas vraiment sûre de l’aimer mais il était important que je le crois. J’étais moins facile, moins bon marché si je l’aimais. Je m’étais convaincue que rien ne se passerait. Nous nous arrêtions. Quand il a commencé à me toucher, je n’arrêtais pas de me répéter de lui dire d’arrêter. Mais je ne l’ai pas fait. Mon corps était un participant volontaire. Je suppose que je n’aurais pas du être surprise. Après tout, je suis facile.
Vous ne pouvez perdre votre virginité qu’une fois. Elle est la marque ultime de votre valeur et il a été convenu que vous la perdriez avec votre mari … le prix que vous offrez à l’homme qui vous accepte pour le reste de votre vie. Elle est très convoitée et gardée jalousement. Votre valeur diminue si elle est accordée à toute personne autre que votre mari.
J’ai presque perdu ma virginité avec le mari de ma cousine. Ils vivaient avec nous parce qu’il avait perdu son emploi et ma mère a pris soin de tout le monde. Chaque fois que je me trouvais seule avec lui, il me touchait. Il a touché mes seins, mais il aimait d’avantage me toucher entre les jambes. Il m’a dit que j’étais une bonne fille et que je lui faisait plaisir. Il y avait cette fois, où il était dans les toilettes et il m’a entendu attendre de l’autre côté pour y aller aussi. Il est sorti avec son kikoy soulevé et son pénis en érection parfaitement visible.
Je ne pourrai jamais oublier le regard concupiscent sur son visage.
Ce fut le premier pénis que je voyais. J’avais 9 ans je pense.
Inceste ivre
La nuit, il a décidé de prendre ma virginité, il est rentré tard et ivre donc ma cousine lui a dit de dormir sur mon lit. Je me suis réveillée en sentant ses mains me toucher lorsqu’il a enlevé ma culotte. J’ai commencé à pleurer en silence, essayant de le pousser loin de moi. Il m’a attrapé et m’a poussée contre sa poitrine, en utilisant une main pour me retenir. Avec l’autre main, il a écarté mes jambes, et a commencé à insérer son pénis en moi. J’étais choquée. Je criais fort. Ma cousine, son épouse, m’a entendue et entra dans la chambre.
Il m’a poussé rapidement loin de lui avant qu’elle n’allume la lumière. Elle m’a demandé ce qui s’était passé. Je lui ai dit qu’il essayait de mettre sa chose en moi. Son mari lui a dit qu’il n’avait rien fait. Il a dit que c’était simplement par ce que je dormais dans une position inconfortable. Il avait du me pousser loin de lui. Elle lui a dit avec colère de descendre du lit et d’aller dormir dans le salon. Elle m’a alors dit que je ne devrais pas le dire à ma maman. Qu’il était ivre et ne savait pas ce qu’il faisait. Et que cela peut causer des problèmes si je lui en parle. Elle a pleuré.
Il n’a jamais essayé de nouveau après cela, mais il n’a jamais cessé me regarder.
Quelques mois plus tard, ils ont déménagé.
Je n’ai jamais rien dit à ma mère.
J’étais la dernière de mes amies à avoir un petit ami. Nous avions environ 15 ans et mes amies parlaient des garçons qu’elles avaient rencontré. Elles riaient du fait de se tenir la main et des baisers volés. Je voulais leur demander si cela leur a fait mal quand elles ont été touchées. Si elles se sont senties sale après.
La première fois qu’un garçon m’a embrassé à 17 ans, j’ai pleuré.
Avant après
J’ai commencé à regarder ma vie comme un avant/après. Tout ce qui m’est arrivé ‘Après’, je trouvais le moyen de le connecter à la perte de ma virginité. Tout ce qui a mal tourné était une conséquence que j’ai accepté. J’avais commis le péché originel et je ne méritait pas plus. Je vivais la vie du condamné avec rien d’autre à perdre. Alors, quand je suis tombée enceinte, j’ai accepté ma punition. Et quand j’ai perdu le bébé, cela a également été une punition parce que j’avais osé le vouloir. Vous n’êtes pas censée profiter de la punition. Vous assumez, mais vous ne jouissez pas.
La première fois que je me suis regardée dans le miroir j’ai détesté mon corps, je pleurais.
Pendant longtemps, je voyais mon corps à travers les couches de fausses idées complexes que le monde m’a dit et, à mon tour je me le suis dit à plusieurs reprises jusqu’à ce que cela devienne ma vérité. Je ne valais rien parce que mon corps était sans valeur. Je n’étais rien parce que mon corps n’était rien.
Des cicatrices invisibles sillonnent mon corps. Beaucoup ont été auto-infligées. A ce jour, me tenir debout devant un miroir exige du courage. Il a fallu un long moment pour moi pour déballer tout cela et c’est encore un processus en cours. Et il y a des jours où je regarde encore mon corps et je me demande quelle partie porte le plus de valeur.
Lupita Nyong’o a déclaré:
“Ce qui est fondamentalement beau est la compassion pour vous et pour ceux qui vous entourent. Ce genre de beauté enflamme le cœur et enchante l’âme … ”
Aisha est écrivain et travaille actuellement en tant que rédacteur dans la publicité. Elle est également inscrite à l’Université de Nairobi et suit des études pour un diplôme en journalisme et des études sur les médias. Elle a un fort intérêt pour l’utilisation des médias sociaux comme plate-forme pour mettre en évidence, parler des questions des droits des femmes. Elle croit que c’est un espace pour les femmes qui, autrement, seraient réduites au silence, d’exprimer leurs problèmes et construire des communautés avec d’autres. Elle utilise twitter largement, sous le nom, @bintiM, afin de susciter des conversations sur les différents problèmes auxquels font face les femmes kenyanes. Aisha a participé en 2015 à l’atelier d’écriture d’AWDF pour le changement social, 2015 Writing for Social Change Workshop, à Kampala, en Ouganda.