
Pour de nombreuses femmes et filles en Afrique, l’obtention de la justice pour des violences perpétrées contre elles continue d’être un rêve non réalisable. Les obstacles qui entravent l’accès à la justice sont multiples mais sont tous enracinés dans les structures et les normes sociales qui déterminent les interactions et les expériences des femmes et des hommes.
Ce mois, la communauté internationale célèbre la Journée Mondiale pour la Justice Internationale. Cette journée historique marque la création du statut de Rome, le traité qui a créé la Cour Pénale Internationale qui s’occupe des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes d’agression et de génocide.
Les violences faites aux femmes (VAW) font partie des domaines clés d’octroi de subventions de l’AWDF. Au fil des ans, la majorité du portefeuille de l’AWDF est constituée de subventions destinées à soutenir les activités de plaidoyer visant à éliminer les violences faites aux femmes.
Dans le cadre de notre nouveau plan stratégique, adresser les problèmes liés aux violences faites à la femme continue d’être une priorité essentielle et est par conséquent inclus dans l’un de nos domaines thématiques notamment les droits relatifs au corps et à la santé. À part sa subvention principale, AWDF lance des appels à propositions de projets pour commémorer 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre célébré chaque année (du 25 novembre au 10 décembre). Au cours des trois dernières années, AWDF a donné un soutien financier à plusieurs organisations travaillant sur les problèmes liés aux violences faites aux femmes.
Ripples International, organisation basée au Kenya et dirigée par des femmes, est l’une des organisations bénéficiaires de l’AWDF et est reconnue pour ses campagnes de sensibilisation et d’éducation des femmes et des filles sur leurs droits. Son projet « 160girls » va au-delà de la sensibilisation et assure que les auteurs des crimes de violences faites aux femmes sont tenus responsables de leurs actes. Avec le soutien financier de plusieurs donateurs dont AWDF, Ripples International travaille pour assurer la justice pour les filles (plus souvent moins de 18 ans) survivantes des abus sexuels et dont les cas ont été mal étudiés ou abandonnés pour manque de preuves.
Le viol et les violences sexuelles font partie des cas les plus difficiles à être jugés, raison pour laquelle l’organisation Ripples International est appréciée pour ses efforts car elle n’est pas découragée par les difficultés et les frustrations qu’elle rencontre en traitant ces types de cas. Après avoir remporté la grande victoire en 2013 dans le cadre de son projet « 160 girls » qui avait comme décision finale du tribunal d’assurer que les filles soient protégées contre le viol, elle a également remporté une autre victoire très signifiante. Jeudi 27 octobre 2017, le tribunal de Maua a condamné à 20 ans de prison un policier qui avait violé une écolière de 13 ans au Kenya. Ce cas est l’un des onze cas de viol de mineurs ayant été réétudié en 2013 sous l’ordre de la cour suprême du Kenya. Ceci est dû à l’intervention de Ripples International qui a poursuivi la police en justice pour manque d’enquêtes sur des centaines de cas rapportés. Ces policiers qui s’étaient laissés corrompre ont même enfermé les filles qui ont rapporté les cas de viols. Après 6 ans de lutte pour conclure ce cas, cette victoire marquante fut l’un des 5 jugements du tribunal en faveur du projet « 160 girls » que défendait Ripples International.
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Tout a commencé en décembre 2010, lorsque le policier Joseph Mutua, de service dans une banque locale, a fait signe à une écolière de 13 ans, en compagnie de ses amis (es) de s’approcher de lui. Il a fait des avances à la petite fille et lui a demandé de faire l’amour avec lui. La petite a refusé mais ce dernier avec force l’a emmené dans une chambre derrière le logement AP et l’a violée. Mutua a par la suite menacé la petite en lui disant qu’il allait lui faire du mal si elle informait quelqu’un de l’acte inégal. La petite de 13 ans n’a donc parlé de l’incident à personne à cause de la peur qui l’envahissait. Après quelques mois, la famille de la petite a réalisé qu’elle était enceinte. La famille a immédiatement fait appel à Ripples International pour demander justice pour leur fille mais à cause du fait que l’accusé était un policier, la police était réticente à faire des enquêtes sur la situation et a même falsifié le test d’ADN. Finalement, l’accusé a réussi à convaincre la famille de retirer leur plainte de la justice afin de régler l’affaire hors du tribunal. Lorsque l’enfant est né en 2011, les tests d’ADN ont confirmé que Mutua était réellement le père de l’enfant. Cette découverte s’est suivie des promesses du mariage coutumier non tenues et aussi d’actes de corruption envers la famille de la jeune fille.
Après six ans de tentatives infructueuses à l’obtention de justice, la Cour d’appel a finalement statué en faveur de l’écolière de 13 ans. La Cour a jugé que les témoignages de l’accusé, de la jeune fille (qui avait été contrainte de témoigner en faveur de l’accusé) et de sa mère étaient contradictoires à cause des incohérences par exemple sur le lieu de résidence du couple présumé. Les témoignages fabriqués ont poussé le juge à condamner le policier pour 20 ans de prison. La jeune fille par la suite, est retournée à l’école.
Nous félicitons notre partenaire bénéficiaire Ripples International et tous les partenaires qui œuvrent pour le changement en Afrique. Nous vous saluons, les femmes qui s’expriment et ne sont pas prêtes à abandonner la bataille.