
À Mombasa, en novembre 2025, le Festival Feminist Republik n’a pas été un simple rassemblement. Il a été un acte politique. Pendant quatre jours, plus de 600 féministes africaines venues de contextes de guerre, de répression et de crise ont expérimenté ce que signifie organiser la lutte autrement : en plaçant le soin, l’intersectionnalité et la solidarité au cœur du pouvoir.
Organisé par Urgent Action Fund–Africa (UAF‑Africa), avec une participation centrale de African Women’s Development Fund (AWDF), Feminist Republik 2025 a rendu visible une conviction profonde : on ne résiste pas durablement sans soin, sans ressources et sans liens politiques solides.
Cet article propose une lecture transversale et récapitulative de cette expérience, à partir des analyses produites par Sadya Touré (MUSSO) et Aminata Sanou (Silures Média), écrites à la suite du festival pour et avec AWDF.
Dans les contextes de guerre et de déplacement qui traversent le Sahel, la Corne de l’Afrique ou la région des Grands Lacs, la violence ne déplace pas seulement des corps. Elle déracine des lignées, fracture les récits de soi et détruit des infrastructures spirituelles et communautaires.
Dans Guérir pour lutter : décoloniser le soin face à la violence patriarcale de la médecine moderne, Sadya Touré montre comment la biomédecine héritée du projet colonial a souvent dépolitisé la souffrance, individualisé le traumatisme et marginalisé les savoirs africains de guérison.
À Mombasa, les féministes africaines ont refusé cette logique. Le soin n’y a pas été pensé comme un supplément de bien‑être, mais comme une infrastructure politique : cercles de respiration, rituels d’eau et de feu, chants, percussions, narration collective, pratiques corporelles. Autant de technologies de co‑régulation collective qui redonnent aux corps leur capacité de décision.
👉 Lire l’article : https://almanebere.wordpress.com/2026/01/20/guerir-pour-lutter-decoloniser-le-soin-face-a-la-violence-patriarcale-de-la-medecine-moderne/

Feminist Republik n’a pas utilisé l’intersectionnalité comme un mot‑clé. Elle en a fait une méthode d’organisation.
Dans Feminist Republik : l’intersectionnalité comme architecture du soin et du pouvoir, Sadya Touré décrit comment les espaces de soin ont été conçus à partir d’un principe simple : les besoins ne sont pas les mêmes pour toutes. Massage, bain rituel, accompagnement psychologique, espace de parole, repos, traduction, accessibilité – tout a été pensé pour que personne ne soit sommée de s’adapter à une norme unique.
La traduction (bambara, wolof, arabe, kinyarwanda, anglais, français…) n’a pas été traitée comme un service logistique mais comme un pouvoir politique. L’accessibilité n’a pas été symbolique mais réelle. La sécurité a été fondée sur le consentement et la non‑exposition.
Ainsi, le soin est devenu un lieu de gouvernance, où les savoirs biomédicaux et ancestraux coexistent sans hiérarchie.
👉 Lire l’article : https://almanebere.wordpress.com/2026/01/20/feminist-republik-lintersectionnalite-comme-architecture-du-soin-et-du-pouvoir/
Dans un contexte de backlash multiforme – guerres, autoritarisme, lois régressives, criminalisation des minorités sexuelles, cyberharcèlement – la solidarité féministe n’est pas un slogan. C’est une architecture de survie.
Dans Quand nos pays nous briment, comment nos féminismes s’embrassent encore ?, Sadya Touré montre comment Feminist Republik a fonctionné comme une infrastructure de sororité panafricaine. Danse, rituels religieux pluriels, filiations politiques, musique et repos y ont été mobilisés comme technologies politiques.
La danse n’y était pas décorative. Elle réparait les muscles de la peur. Elle rendait la lutte habitable.
👉 Lire l’article : https://almanebere.wordpress.com/2026/01/20/quand-nos-pays-nous-briment-comment-nos-feminismes-sembrassent-encore/
La guérison et la solidarité ne peuvent pas reposer uniquement sur le sacrifice des militantes.
Dans « Nous travaillons avec les moyens du bord » : les féministes africaines face à la crise des financements, Aminata Sanou analyse la crise structurelle du financement féministe. Les critères d’éligibilité excluants, les silos thématiques et l’injonction à la « résilience » transforment le travail féministe en travail non rémunéré, supporté par les corps et les ressources personnelles des femmes.
Face à ce modèle extractif, l’AWDF incarne une alternative : financements flexibles, cycles pluriannuels, prise en charge des coûts structurels, décisions prises par des féministes africaines enracinées dans leurs contextes.
👉 Lire l’article : https://siluresmedia.com/2026/01/21/nous-travaillons-avec-les-moyens-du-bord-les-feministes-africaines-face-a-la-crise-des-financements/

Le backlash ne vient pas seulement de l’extérieur. Il infiltre aussi les mouvements.
Dans « On ne peut pas surmonter le backlash en étant autant divisées », Aminata Sanou documente les fractures internes, la hiérarchisation des luttes, la marginalisation persistante des personnes LGBTQ+, des travailleuses du sexe, des femmes rurales et handicapées.
Face à des offensives conservatrices massivement financées, la fragmentation est un luxe que les mouvements ne peuvent se permettre. L’unité n’est pas morale ; elle est stratégique. Elle suppose des mécanismes de protection inclusifs, des solidarités transfrontalières et une lucidité politique sans complaisance.
👉 Lire l’article : https://siluresmedia.com/2026/01/22/on-ne-peut-pas-surmonter-le-backlash-en-etant-autant-divisees-la-contre-offensive-feministe-se-deploie-sur-tous-les-fronts/

Enfin, « Je me sens vraiment guérie et plus renforcée » donne chair à ce que signifie guérir politiquement. Cercles de parole, pratiques ancestrales, outils de protection développés par l’AWDF, transmission intergénérationnelle, réappropriation de la Charte féministe africaine : la guérison devient une condition de durée.
Guérir n’est ni une pause ni un luxe. C’est une stratégie. Une manière de refuser que la violence ait le dernier mot.
👉 Lire l’article : https://siluresmedia.com/2026/01/22/je-me-sens-vraiment-guerie-et-plus-renforcee-un-ecosysteme-de-guerison-pour-militantes-en-contexte-de-crise/
À travers Feminist Republik 2025, l’AWDF réaffirme une vision claire :
Construire des mouvements féministes qui durent exige plus que de la résilience. Cela exige des ressources, du repos, de la mémoire, des alliances et du pouvoir collectif.
À Mombasa, les féministes africaines n’ont pas seulement résisté à la tempête. Elles ont appris à s’y régénérer.
Bintou Mariam Traoré, Responsable Communication AWDF