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Il y a des moments où les mots cessent d’être de simples concepts.
Où ils quittent les pages pour entrer dans les corps, les voix et les regards.
En décembre 2025, à Antananarivo, c’est exactement ce qui s’est joué lors des Journées de diffusion du Dictionnaire libre et créatif du féminisme africain. Pendant plusieurs jours, les mots ont circulé autrement portés par l’art, par l’intime et par le collectif.
Les 12, 13 et 19 décembre, artistes, étudiantes, militantes, journalistes, universitaires et actrices de la société civile se sont retrouvées pour lire, écrire, écouter et échanger.
Parler de féminisme, bien sûr. Mais surtout parler de soi : de ce qui est vécu, transmis.
Dans les cercles de lecture, certaines ont reconnu des fragments de leur propre histoire.
Dans les ateliers d’écriture créative, d’autres ont trouvé des mots qu’elles n’avaient jamais osé prononcer.
Et dans les échanges, une idée revenait sans cesse : mettre des mots, c’est déjà un pas vers la réparation.
À l’Institut Français de Madagascar (IFM Analakely) et à la Cité des Cultures d’Antaninarenina, les 12 et 13 décembre, l’art est devenu un langage à part entière.
Des artistes malgaches ont été invitées à poser un geste simple mais profondément politique : choisir un mot du Dictionnaire et dire ce qu’il représente pour elles.
De cette invitation est née une vidéo forte et sensible, dans laquelle les mots se transforment en voix, en images et en émotions.
À travers la peinture, la photographie, le slam et la performance, les œuvres des artistes pluridisciplinaires Ashiko Ratovo et Zavavymasoandro, de la slameuse Vanelah et de la photographe Roxane traduisent chacune un mot du Dictionnaire, ancré dans les réalités vécues à Madagascar.
Ici, les mots ne sont pas expliqués.
Ils sont ressentis, incarnés, assumés.
Ils deviennent mémoire, résistance, création.
Dans son travail photographique et audiovisuel, Roxane Angy Robinson choisit de représenter la jupe comme un symbole fort. Un rappel que les vêtements sont trop souvent utilisés comme prétexte par les abuseurs. À travers l’image, la vidéo et la parole, elle affirme que ce mot, son œuvre et son engagement sont indissociables du féminisme. Une manière de dire que le corps n’est jamais une excuse, et que créer, c’est aussi résister. Voir son travail inspirant ici

Ce qui s’est vécu à Antananarivo ne s’est pas arrêté aux lieux de diffusion.
Les récits ont voyagé. Les images ont circulé. Les voix ont trouvé d’autres espaces d’écoute.
La presse écrite malgache s’est emparée de la démarche. Dans un article intitulé « Écrire pour exister : le féminisme africain en dictionnaire vivant », La Vérité.mg revient sur la portée politique et créative du projet :
Les médias en ligne ont également relayé les contenus issus des ateliers et des performances. Orange Actu Madagascar a partagé la démarche sur LinkedIn et sur Facebook.
Le média Times 261 a lui aussi contribué à faire circuler les récits auprès d’un public élargi . Sur les réseaux sociaux, images et vidéos ont largement circulé, touchant des publics variés :
Des plateformes culturelles engagées ont également amplifié la diffusion. Alefa – Kolotsaina a partagé une présentation vidéo du Dictionnaire .
En quelques jours, cette vidéo a généré plus de 10 000 vues, 325 mentions “J’aime” et 14 commentaires.
Mais au-delà des chiffres, ce sont surtout les messages reçus qui comptent — des messages de reconnaissance, d’identification, de résonance.

À Madagascar, le Dictionnaire libre et créatif du féminisme africain n’a pas été présenté comme une œuvre figée, mais comme une matière vivante, à habiter et à transformer.
Ces journées ont ouvert un espace de continuité, avec la perspective de co-créer un Manifeste collectif du féminisme malgache, nourri par les voix du terrain et les imaginaires partagés.
Parce qu’au fond, ces rencontres l’ont rappelé avec force :
nommer, c’est déjà résister.
Et quand les mots circulent, les luttes respirent.
Découvrir le Dictionnaire : https://bit.ly/43evacP
Bintou Mariam Traoré, Responsable Communication AWDF